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J’ai effectué des études à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris jusqu’en 1994, essentiellement dans l’atelier de Pierre Buraglio. Dès lors, j’ai partagé mon activité entre une peinture figurative en prise avec la réalité contemporaine et l’expérimentation en trois dimensions de pratiques multiformes associant les matériaux.

Ainsi, la série inaugurale « Figures » réalisée à partir de photographies prises dans la rue, confondait sur de grands monotypes issus de plaques de plâtre gravées, des personnages, des visages, figures errantes croisées au hasard de déambulations avec des éléments significatifs d’architecture urbaine en sursis. Ces visions d’existences précaires, de présences transitoires se sont ensuite trouvées intégrées à des constructions composites entrel’accessoire de théâtre et le monument commémoratif.

En réaction au sentiment prégnant d’une inéluctable déconstruction, les coffrages se présentent comme des pièces sans affect autonomes et non identifiables. Réduits à leurs éléments constitutifs, ils ne manifestent rien sinon leur fonction même, seul signe d’une potentialité, ce sont des contenants vides porteurs en puissance de l’idée d’une création.

« Campagne » manifeste le désir de reconsacrer le monde sensible, de tenter une utopie assumée de paysages qui réaliseraient hors du temps, en phase avec un réel immuable, une relation tendant à la contemplation. Constitués de plaques de plexiglas impressionnées successivement, les tableaux au gré des manipulations produisent des équivalents aux « choses », ciel, feuillage, des morceaux de peinture comme autant d’avènements singuliers.

Aux alentours de trente ans, après quelques expositions personnelles ou collectives, l’idée s’est dégagée d’adopter sous le qualificatif de « concepteur » un statut intermédiaire inédit, à la croisée des chemins entre des approches de peintre, de sculpteur et de designer.

La série « Boiseries » répond à cette volonté de fédérer mes activités, d’en multiplier les accès, les niveaux de lecture et les possibilités d’appréhension. Organisée autour du thème réactualisé des quatre saisons, elle rassemble une somme d’œuvres sur contreplaqué découpé – « guéridons », « blasons », » grands tableaux » – associée à des meubles, objets fonctionnels ou socles pour des allégories bricolées, sorte de bas-relief du pauvre évoquant des œuvres célèbres, des sujets ou motifs présents dans l’histoire de l’art.

Dans la continuité, sur des toiles de grand format – fonds tressés de papiers colorés et fragments de paysages suspendus sur châssis – j’ai réinterprété le personnage de l’Arlequin, acteur revenant de la modernité, déplacé dans le cadre contemporain. Je voulais à nouveau envisager la possible représentation de la figure humaine et plus généralement m’interroger sur les prérogatives de la peinture aujourd’hui. De manière concomitante et associée, j’ai alors travaillé à l’étude de meubles et d’ustensiles : les accessoires de l’Arlequin, prototypes conçus à la fois pour s’intégrer à ce corpus d’œuvres, et servir à sa cohérence, mais aussi pour exister ailleurs de manière autonome, détachés de leur contexte initial.

Au regard de l’époque, j’essaie de tenir une position poétique, pragmatique. Je tente dans la contingence, d’agir sur différents registres ; dans la confusion, de jouer sur différents tons ; et dans l’indifférenciation, de produire des objets judicieux qui ouvriraient néanmoins l’espace sans encombrer le monde.